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Ile de Sumatra en Indonésie : Rencontre en terre inconnue avec les Indiens Mentawaï

Lundi 24 septembre, mon amie Ching m’emmène à l’aéroport. Bien que je préfère éviter l’avion, les 1h de vol à 20€ ont eu gain de cause contre les 14h de bus, bateau, train et encore bus pour rejoindre Médan, principale ville au nord de l’île de Sumatra, en Indonésie.
J’avais déjà fait faire mon visa de 60 jours à Paris avant de partir, pour éviter de fastidieuses formalités ici pour ce sésame un peu compliqué (il faut fournir copies de ses relevés bancaires entre autre…).

Médan semblant ne présenter que peu d’intérêt, je prends directement un taxi partagé pour rejoindre en quelques heures de route le lac Toba.

 

Le Lac Toba : un lac volcanique

Le lac Toba, niché dans la caldeira effondrée d’un volcan éteint, est un des plus grand lac volcanique du monde. Je décide d’aller loger sur l’île de Samosir pour 3 jours, au milieu du lac. C’est donc à bord d’un bateau-taxi traditionnel coloré que je rejoins mon hôtel. C’est très calme ici, et je profite de la quiétude à la lumière de la pleine lune qui se reflète sur le lac.

 

Le lendemain, je loue un vélo pour explorer les quelques villages et voir les maisons traditionnelles Batak. Construites en bois, elles ont une forme singulière, avec ce toit en pointe, et une toute petite porte d’entrée. A l’intérieur, pas de cloisons, seulement des espaces aménagés faisant office de cuisine, salle à manger (sans table ni chaise), chambre.
Les chaises en pierre au coeur du village, qui auraient 300 ans, permettaient aux anciens du village de discuter de choses importantes et également de juger les malfaiteurs.

 

 

Bukkitingi et le lac Maninjau

Je quitte le lac Toba en bateau vers 17h, puis attends le taxi partagé que mon hôtel m’a réservé, pour un transport de nuit vers la ville de Bukkitingi. C’est finalement vers 23h que je pars… pour 17 longues heures de voiture. Nous sommes 7 en plus du chauffeur. Entre l‘odeur de cigarette, la musique à fond, les pauses de 30min toutes les 3h… et au final un changement de voiture pour la dernière heure, le trajet m’a vraiment paru looooong !
Et ce n’est pas à Bukkitinggi que je vais me reposer pendant ces 3 jours… la ville est bruyante et c’est particulièrement fatiguant et desagréable.

Je m’échappe une journée pour une excursion au lac Maninjau, à environ 1h de voiture. Au creux d’un cratère, ce petit lac volcanique est principalement utilisé pour la pisciculture. Malheureusement, il est maintenant pollué par les produits et la nourriture utilisés pour cette activité. Je fais une petite randonnée au milieu des rizières qui bordent le lac, et m’enfonce en forêt à la recherche d’une cascade.

 

Padang et détente à Jophira Tintin 

Dimanche 30 septembre, je prends une voiture partagée pour l’aéroport de Padang… où je retrouve mon amie d’enfance Emilie ! Elle habite maintenant à Pékin, et les prochains jours étant fériés en Chine, elle me rejoint ici à Sumatra pour 1 semaine ! Direction Jophira Tintin, un hébergement en bord de mer pour quelques jours de farnienté…

Raoul, le gérant, nous emmène en bateau. Il se met à pleuvoir sur le trajet et c’est complètement trempées que nous arrivons à notre bungalow !!! C’est calme ici… pas de route, pas de voisins. Quelques bungalows, un espace commun, la colline, des arbres et la mer.

Le farnienté nous va bien ! Après un bon pancake à la banane au petit déjeuner, nos balades matinales sur la plage nous apportent leurs lots de surprises. Le premier jour un varan de plus de 2m, délogé par le chien de l’hébergement, nous surprend et file dans l’eau pour s’échapper. Le lendemain, c’est une tortue marine qui nous fait l’honneur de sa présence, à seulement 2m de la rive !

Les journées se continuent par de longues séances de « snorkeling » (masque et tuba). De jolis coraux, pleins de poissons colorés, une eau à 29°C…. et surtout une ou des tortues marines chaque jour !!!  Nous avons eu la chance de pouvoir les observer, parfois jusqu’à 20 min, manger, nager, à seulement 1 ou 2 mètres de nous… Du bonheur à l’état pur !

 

 

Ile de Siberut : rencontre avec les Mentawaï

Après 3 jours de détente, nous rejoignons Padang pour une nuit. Le lendemain, nous laissons nos affaires à la guesthouse pour ne prendre que l’essentiel, et prenons le ferry matinal pour l’île de Siberut, à 3h de navigation de la côte de Sumatra.

Il fait un froid de canard dans ce bateau… impossible de comprendre pour quelle raison ils mettent la clim à 18°C quand il fait 35°C dehors…

L’île est ici connue pour ses spots de surf, mais ce n’est pas la raison qui nous amène. A l’intérieur des terres, au milieu de la forêt, habite la tribu des Mentawaï, les hommes fleurs, dont certains membres vivent encore de façon traditionnelle, en communion avec la nature. J’ai entendu parler des Mentawaï grâce à l’émission « RDV en terre inconnue » (avec Patrick Timsit), et je suis toute excitée à l’idée de pouvoir passer deux jours avec eux ! Ils sont environ 45 000 sur cette île et leur surnom leur vient du fait qu’ils aimaient avant se parer de fleurs.

Uma, tatouages, crânes de singes… découverte de la façon de vivre des Mentawaï

Avec nos deux guides Adi et Agus, et de la nourriture pour 2 jours, nous partons ensuite en pirogue sur la rivière. Ce mode de transport n’est pas sans nous rappeler notre voyage scout à Madagascar, il y a maintenant une quinzaine d’année…
Les femmes du village nous attendent et 45 min de marche plus tard, nous arrivons à la « Uma », la maison traditionnelle, où nous faisons la connaissance de « Cookie », un petit bonhomme de… 70, 83 ou peut-être 98 ans, plus toutes ses dents, tout ridé et tout sourire, chaman, et plus ou moins référent du village (ils n’ont pas de chef officiel).

Voir le film de notre balade en pirogue :

Cette maison, bien trop grande pour lui et sa femme (qui malheureusement est devenue aveugle et ne peut plus se lever) est également un lieu social, les gens du village y passent chaque jour et elle sert à accueillir les cérémonies.
La maison est toute en bois, sur pilotis, et composée de 3 grandes pièces en enfilade :

  • un espace commun, lieu d’échanges ;
  • la pièce centrale qui sert de cuisine et de chambre ;
  • et une salle avec le bois et les outils de pêche.

Des crânes des singes et cochons sauvages, témoignages de leurs talents de chasseurs, ornent les murs ! Et dehors, les cochons et les poulets (qui ont leur propre petite maison) se baladent en liberté.

 

Quelques jeunes du village sont là, l’un fumant tranquillement sa cigarette, un autre à la guitare, et un aidant notre guide Agus pour la préparation du repas de ce soir. Au feu de bois, ils nous ont préparé un des meilleurs repas que j’ai mangé depuis que je suis en Indonésie !
Normalement, les Mentawaïs mangent du sagou, un fécule (ressemblant à de l’amidon de maïs) issu du tronc des jeunes sagoutiers, une espèce de palmier qui pousse dans la forêt ; mais avec nous ils sont heureux de partager notre repas. Nous mangeons assis par terre, sur une natte. Nous avons des couverts mais eux mangent avec la main droite (la gauche servant à s’essuyer aux toilettes !)

Cookie porte encore la tenue traditionnelle des Mentawaï, c’est-à-dire une sorte de « string » fait en fibres de cocotier (c’est le seul, tous les autres portent des vêtements).
Ses tatouages sont une de ses fiertés. Embellissant le corps pour que l’âme ait envie d’y rester, les symboles (soleil, lune…) servent également à identifier l’appartenance à un clan et une famille. Ils sont réalisés avec la douloureuse et traditionnelle méthode : l’encre, constituée d’un mélange de noir de fumée récupéré sous les marmites et de jus de canne à sucre, est insérée sous la peau à l’aide d’un pinceau sur lequel est fixée une pointe de laiton.
Nous passons la soirée à jouer aux cartes et je trouve quelques feuilles de cocotier pour fabriquer un oiseau en pliage/tressage à offrir à notre hôte.

 

 

Notre lit consiste en un matelas, posé sur le sol, et une moustiquaire, dans la pièce de vie. La nuit sera un peu perturbée par les courses de chiens sur les planches de bois, et bien sûr les poules et poulets dès les premiers rayons du soleil à 5h45.

 

Découverte des activités traditionnelles : pêche en rivière

Vers 6h30, nous émergeons de notre moustiquaire. Cookie est déjà au travail et réduit en miettes avec son « parang » (sorte de machette traditionnelle) un morceau de vieux sagou qu’il va donner à manger à ses poulets.
Même au milieu de la forêt, nous avons droit pour le petit déjeuner à de délicieux pancakes à la banane avec du chocolat !!!

Aujourd’hui nous découvrons les activités traditionnelles des Mentawaï et commençons par une partie de pêche avec une femme du village… en tenue traditionnelle, c’est-à-dire avec un pagne en feuille de bananier et avec des épuisettes en bois !!! Ha, ha ha !

La rivière est juste à côté de la maison, l’eau est claire, peu profonde et plutôt fraîche. Le but consiste à racler le fond et les bords avec l’épuisette à la recherche de crevettes, crabes, poissons…
En fait, à force de pêcher à cet endroit, les femmes du village ont creusé la berge par le dessous et il faut donc s’immerger jusqu’à la taille et frotter dessous avec ses bras ou pieds pour déloger nos proies. Notre accompagnatrice a attrapé deux jolies gambas. Peu de succès pour Emilie et moi, mais l’activité était agréable et nous avons bien ri !

Et j’ai mangé des vers de sagou…

Un tee-shirt et un pantalon plus tard, nous partons en forêt avec notre hôte Cookie à la recherche du sagou… C’est une espèce de palmier qui, jeune, est la base de l’alimentation des Mentawaïs. Quand il est plus vieux, et trop gros pour être mangé, ils l’abattent et le laissent pourrir sur le sol, pour que des hôtes s’y développent : les vers du sagou !
Cookie attaque le tronc à la hache, arrachant énergétiquement des bouts d’écorce… jusqu’à trouver une dizaine de ces vers mous, corps jaunâtres et tête luisante, qui se contorsionnent.
Prenant mon courage à deux mains, et parce que je fais le tour du monde pour faire des expériences, je croque dans cet apéritif vivant… qui j’avoue, n’est pas du tout à mon goût !!! Beurk !
Nous ramenons la récolte à la « Uma » où, frits au feu de bois, ils passent (un peu) mieux, et encore…

Et oui, j’ai vraiment mangé des vers de sagou… La preuve en images :

 

 

Les flèches empoisonnées des Mentawai

Après un délicieux déjeuner, nous repartons en forêt à la recherche cette fois de l’écorce d’un arbre spécifique. Cookie gratte avec son parang l’équivalent d’une poignée de fibres que nous ramenons à la maison.
Mélangée avec des racines hachées de gingembre, du piment et des feuilles, cette mixture est pillée puis pressée pour en extraire un jus presque noir, qui est particulièrement toxique (tue un sanglier en 5 minutes) ! Au pinceau, notre hôte badigeonne la partie métallique de ses flèches avec cette substance et les fait sécher à la chaleur du feu, ceci 3 ou 4 fois.
Ces flèches empoisonnées sont traditionnellement utilisées, avec des arcs, pour aller chasser en forêt singes, cochons sauvages, petits cervidés…
Malheureusement, là où autrefois quelques heures de marche suffisaient pour chasser et ramener de la viande le soir à la maison, maintenant, même en partant plusieurs jours, ils ne sont pas sûrs de trouver quelque chose à manger. En cause la déforestation, le développement touristique et l’exploitation abusive des sols.

On reprendrait bien un peu de café ?

Pour terminer cette journée hors du commun, notre guide Agus nous réalise un bracelet traditionnel Mentawaï directement au poignet.

Puis, après le dîner, nous jouons aux cartes avec les jeunes et nos guides… et celui qui perd la partie… reçoit du mare de café sur la figure !!!! Belle partie de rigolade !

 

 

Au revoir chers Mentawaïs, merci pour cet échange !

Nous passons une deuxième nuit aux sons de la forêt et sommes réveillées au petit matin par la lueur du jour et les chants des coqs.
Un jeune grimpe à mains nues sur un cocotier pour couper une feuille et me permettre de faire un chapeau en tressage que j’offre à Cookie en souvenir et en remerciement de ces 2 jours hors du temps.
Quelle expérience extraordinaire que de rencontrer un chaman Mentawaï. J’admire ce peuple et sa façon de vivre, en connexion totale avec la nature, ne prenant que ce dont ils ont besoin.
Malheureusement, leurs coutumes tendent à se perdre… Ce peuple a pendant un temps été largement réprimé par le gouvernement Indonésien, qui oeuvrait à sédentariser et « éduquer » ces indigènes, et maintenant ils sont en plus menacés par la disparition de leur forêt.

 

 

 

Retour à la réalité

Nous quittons à regret la Uma, marchons à travers la forêt et rejoignons, sous la pluie, la pirogue qui nous attend à la rivière. Elle nous ramène au village et nous décidons de finir à pied plutôt qu’en mobylette les 4km pour rejoindre l’embarcadère du ferry qui repart pour Padang.

 

Quelques heures plus tard, nous sommes de retour à a ville, quel changement…

Nous profitons de notre dernière journée ensemble avec Emilie et allons visiter le musée des arts traditionnels Minangkabau à Padang.

 

 

 

 

1 Comment

  1. Bonjour Stéphanie,
    Je viens te souhaiter une très heureuse année 2019, que celle ci soit remplie de joie et de bonheur avec une très bonne santé.
    C’est fabuleux ce que tu vis !!!!!
    Je t’ embrasse
    Tantine ou Monique

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